Extrait de : «Les larmes de saint Laurent» de Dominique Fortier
«On dit que le coeur d’un homme a une fois et demie la taille de son poing. Que plus le muscle est gros, plus il bat lentement. Une théorie veut que tout ce qui vit et a un coeur dispose du même nombre de battements avant la mort – tant pour la souris et tant pour l’éléphant -, qu’une fois la réserve épuisée, l’être s’éteint. Cela signifierait, sans doute, que la vie de la grenouille, de l’oiseau-mouche ou de la fourmi n’est pas véritablement plus courte que celle de l’homme ou de la baleine, mais qu’elle se déroule à un rythme différent, propre à chaque espèce. Une vie serait toujours longue d’une vie; simplement, comme il est des planètes où le jour dure des mois et d’autres où le solei se lève et se couche toutes les quelques heures, certaines créatures éphémères compriment en une journée ce que d’autres mettront un siècle à vivre.
On ne sait ni où ni comment est née la musique, tout comme on ignore l’origine du langage. Mais on peut facilement imaginer que les toutes premières manifestations (claquement des mains en cadence, ou des pieds par terre, bout de bois frappé sur une pierre, puis sur une peau tendue) ne faisaient que reprendre les battements de notre coeur dans notre poitrine. Si l’on ne connait pas d’animaux musiciens, c’est-à-dire qui font ainsi du bruit pour se rassurer, ou se divertir, ou pour la simple beauté de la chose, c’est sans doute que, contrairement à l’homme, ils n’éprouvent pas le besoin de rythmer de la sorte le temps qui les sépare de la mort.» -Dominique Fortier- Les larmes de saint Laurent, p. 280-281